Education, Poste, Services publics, Automobile, Transports, Banque, Santé, Commerce... La multiplication des luttes a ces dernières semaines pris une vitesse peu connue lors des 4 dernières
décennies. Alors que de plus en plus, faire grève est synonyme en entreprise de privation en tout genre, de difficultés à boucler les fins de mois, 3 millions de personnes ont défilé lors des
rassemblements du jeudi 19 mars. Les effets d'annonce du gouvernement de "non-surprise" de la taille de ces défilés masque une peur de plus en pressante, et de moins en moins dissimulable, de nos
hauts experts en stratégies politiques. Ils ne s'attendaient pas à cela, surtout ayant suivi de près les taux de grevistes dans certaines entreprises stratégiques.
Il est désormais difficile de ne pas voir, à côté de la massification relative des luttes, une montée de la radicalité de ces mouvements. A suivre ce qu'il s'est déroulé en Guadeloupe, la violence
du mouvement grec, le blocage des établissements universitaires, les débordements Place de la Nation, les heurs entre manifestants et policiers à St-Nazaire, les boutiques saccagées de Nantes ou
Rennes... On est en droit de se demander si le degré de radicalité n'a pas franchi un cap tel, au niveau des luttes actuelles, que nous entrons dans des mois particulièrement instables.
La sortie de l'ouvrage
L'insurrection qui vient, d'un collectif qui n'a pas signé personnellement cet essai, montre le chemin clairement attendu par certains. La clé et le débouché de ces
mouvements serait, à l'en croire l'argumentation, une montée généralisée de la violence et la multiplication des débordements en tout genre, dans le but de destabiliser le pouvoir en place. Au vue
de l'histoire récente et plus ancienne, il semblerait que dans notre démocratie, le dur réveille autoritaire et réactionnaire prend, après une période de radicalité dans les luttes, toute sa place
politique et idéologique.
En jouant le jeu du pourrissement, ce gouvernement sait pertinemment où il va. La est sûrement le plus triste. Sarkozy et ses conseillers ont adopté une véritable ligne de conduite de contrôle de
la radicalité des actions menées sur le territoire. La variable de manoeuvre? Les forces de l'ordre bien évidemment, ainsi qu'un appareil judiciaire clairement préparé par les dernières réformes à
taper au plus sec et au plus strict. La criminalisation des mouvements de lycéens, de travailleurs et de sans-droits, la qualification de
terroriste value à certains agissements militants
poussés à l'extrême, tout cela participe à la création d'une société nouvelle, celle de l'ordre et de la réaction.
Au delà de la forme, du fond, des combats, des résistances et des luttes, c'est très rapidement qu'il va falloir réflechir à des débouchés utiles et durables à nombre de ces mouvements.
Pour ne pas laisser s'isoler les mal-être, combattre l'individualisme, y compris dans le mouvement social et dans la camp du progrès, un véritable mouvement sociétal devra voir le jour. C'est à
partir de maintenant bien plus que la lutte qui devra nous guider, mais un projet de civilisation, avant de voir mourir l'essence de la nôtre.